Le management de la communauté des abonnés payants sera inéluctablement des plus houleux et délicat, nous en prenons le pari : explication de texte…
Pas encore né et déjà sur la sellette; en effet Médiapart est attaqué pour contre façon de marque par la société média participation, holding belge travaillant dans l’édition. Plutôt que de traiter de cette affaire qui commence à faire parler, nous souhaiterions ici évoquer ce qui prépare de sérieuses difficultés à sa direction, et constitue la principale problématique de ce nouveau média.
La prétention et la caractéristique principale de Médiapart est de reposer sur un modèle économique de paiement par abonnement.
En dehors de la viabilité et rentabilité potentielle (nécessitant 75000 abonnés sur une base d’abonnement à 9€/mois), la nature participative du média peut elle être ne serait-ce que compatible avec le fonctionnement en réseau libre?
Je paye donc je suis
Car à partir du moment où l’utilisateur paye, il est en droit d’obtenir un certain nombre de droits.
Jusqu’à l’avènement du web, ce droit pouvait se limiter à pouvoir tenir le journal entre ses mains, en faire usage comme bon lui semble, et éventuellement écrire à la rédaction pour exprimer ses doléances où demander à être publié dans la rubrique courrier des lecteurs.
Or à l'heure du web, le maître mot est la participation et l’interactivité entre l’émetteur et l’utilisateur.
C’est ainsi que les plate forme de journalisme citoyen comme Agoravox, Centpapiers (canadien mais fréquenté de plus en plus de ce côté ci de l’Atlantique) ou Rue 89, pour ne citer qu'eux, se sont développés en proposant de pouvoir commenter chaque article.
Quand dans le même temps les grands titres de la presse traditionnelle sont encore aujourd’hui, soit réfractaires à permettre les réactions (ex : Le Monde), soit paraissent avoir pris tellement de retard que la communauté des internautes réagissant aux articles est réduite à la portion congrue (ex : Libération). Dans tous les cas de figure, aucun n'a trouvé jusqu'ici de modèle adéquat et rentable sur Internet.
Médiapart pense de son côté réussir le tour de force de créer une communauté en ligne de lecteurs qui paieraient et participeraient à ce nouveau média et dont le cheval de bataille est de pouvoir prospérer ainsi, en toute indépendance.
Nouveau média = nouvelles exigences
Il nous semble de notre point de vue, si leur parti n’est d’aucun et que la plume de journalistes émérites et patentés doit suffire à garantir la réussite, qu’ils aient fortement sous estimé les exigences et la problématique du management d’une communauté en ligne.
Pour tout détenteur de blog influent, gestionnaire de forum, sans parler de ceux qui fréquentent assidument les journaux participatifs, nul n’ignore que la problématique de la modération et de la gestion des opinions exprimées dans les commentaires est la pierre angulaire du fonctionnement de tout média en ligne digne de ce nom.
Alors que tous fonctionnent sur un principe d’inscription entièrement gratuit, dans lequel les administrateurs conditionnent la participation à l’acceptation d’une charte de fonctionnement, pouvant par défaut conduire à l’exclusion du contrevenant, comment donc les administrateurs de Médiapart vont-ils gérer cette problématique vis à vis d’utilisateurs ayant payé leur abonnement ?
Car tout espace de discussion déclenche concomitamment l’expression d’opinions contraires et plus qu’à son tour de farouches empoignades. De la même façon très rapidement des « mouvements d’opinion » peuvent se former et réclamer la « tête » de ceux et celles qui leur semblent occuper de façon indûe le fil des discussions, jusqu’à en réclamer instamment le bannissement.
Mais dans le cas de Médiapart, l’équipe de direction et de modération va t’elle pouvoir si facilement restreindre l’expression d’un utilisateur au risque de perdre également un abonnement, gage de sa rentabilité ?
Dans le cas contraire, d’autres ne quitteront ils pas au fur et à mesure un espace où continuent de pouvoir « sévir » des contradicteurs qui les gênent par leur présence intempestive permanente.
In fine ce site attire l’attention et mise sur le pari d’un « vrai » journalisme d’investigation dégagé des contraintes du pouvoir économique et politique, quand il nous semble que la réussite du projet tient avant tout dans la capacité de gérer cette problématique inhérente à l’aspect communautaire du web.
Internet est un média dans son sens le plus abouti, où celui qui réussit est par la même celui qui assure le mieux cette médiation.
Dérrière l'indépendance, la politisation!?
Toute autre prétention ne peut se réduire qu’à demander la signature d’un blanc seing de la part de ceux qui adhérent, et restreint d’autant la portée et le développement d’une large communauté.
Foin donc d’un journalisme d’investigation indépendant, mais par essence un journalisme d’opinion où ne se retrouveront que ceux partageant d'une façon proche et engagée une même communauté de pensée politique.
Cet exutoire est en tout cas déjà subodoré par certain du fait de la qualité et des attaches politiques des principaux fondateurs du projet (et notamment de Benoit Thieulin, proche de Ségolène Royal).
De là à stigmatiser l’appropriation de cet espace par l’appareil politique de l’ex-future(?) candidate aux présidentielles, le pas n’est il pas prêt d’être franchi ? Est-ce un bien ou un mal, c’est à chacun d’en juger de par ses propres opinions. Sur le plan de l’analyse du phénomène en tout cas, force est de constater que cet espace de « liberté » qu’est le web est à l’aube d’une intrusion massive du fait politique.
-
|05-02-2008 03:20:30 fredfred - Mauvais modèleJe ne peux que souscrire à ce qui est dit dans cet article. C'est je crois la volonté farouche de transposer sur le web les habitudes de travail de la presse à papa qui vont poser un problême insoluble à ceux qui pensent refaire le Monde sur la toile. Nos grands canadrs ont été crées par des personnalités couillues dans un monde moins tordu ; leur succès tient, historiquement, à la confiance renouvelée d'un lectorat en demande de point de vue. C'est cette intégrité éditoriale qui s'est transposée dans les blogs alors qu'elle mourrait dans les rédactions, passées depuis longtemps entre les pattes des financiers. Le modèle du canard du futur n'est pas celui d'un blog communautaire sur abonnement. Je le vois plus comme une zone ou des "journalistes enquéteurs" vinnent présenter leur intention, leur projets et ou, en réponse, les abonnés achetent ou pas l'idée et les articles qui ne découlent. En d'autres termes, c'est le boulot du rédac chef qui passe par dessus bord, les lecteurs se positionnant en financeurs directs de l'info. Cette approche, revendiquée par la Société des Lecteurs du Monde, est impossible à appliquer à un journal... mais elle est parfaitement adaptée aux technos du web. Imaginons un Digg-like dont les articles sont des propositions d'articles et ou les votes sont des micro-finncements et la perspective change totu à coup.
-
Merci pour cet éclairage, et en effet je pense aussi qu'une seule tête pensante est de trop dès que l'on met en place une communauté sur le web...
ou alors on fait son blog...
et ça peut très bien marcher ...
si a pas d'autre prétention que de faire tourner son petit monde et pas celui de ses voisins.
-
|05-02-2008 17:01:43 Axel_J"...des personnalités couillues dans un monde moins tordu..."
...mais le monde ayant changé, cette approche franche et éprise de hauteur serait vouée à l'échec?
Oui FredFred, c'est bien analysé et c'est une sensation que j'avais aussi, mais je veux croire que ça ne se passera pas comme vous dites.
Car ces vieilles plumes si talentueuses, manient la langue française sans aide ni correcteur, mais aussi une certaine forme de pensée "à l'ancienne" qui leur colle aux fesses, pas seulement comme des tatouages qu'on aimerait effacer, mais aussi comme de la vraie charpente authentique comme on n'en fait plus dans le bâtiment de l'éphémère.
Leur caractère un peu hors du temps présent de l'immédiateté, fait d'eux justement de rares détenteurs d'une approche qui bientôt sera perdue.
Je suis sûr qu'il y a une demande pour les Plenel & Co, non parmi d'autres vieux
(vieux dans le sens le plus honorable et excellent, je précise pour les vieux pour qui de leur temps "vieux" était presque une insulte :-))
qui eux aussi sont devenus incapables de se débarrasser de leurs arrières-pensées sur untel ou untel, mais parmi la nouvelle génération du Net, pour qui ils représentent une certaine forme "d'authenticité rare et recherchée", sans trop les caser précisément dans des critères passés et inconnus pour eux.
Oui, je crois bien qu'on peut avoir une lecture optimiste de vos observations si justement formulées.
-
|05-02-2008 17:04:51 Axel_J...
non parmi ceux qui eux aussi sont devenus incapables de se débarrasser de leurs arrières-pensées sur untel ou untel, mais parmi la nouvelle génération du Net, pour qui ils représentent une certaine forme "d'authenticité rare et recherchée", sans trop les caser précisément dans des critères passés et inconnus pour eux.
Oui, je crois bien qu'on peut avoir une lecture optimiste de vos observations si justement formulées.
-
|05-02-2008 18:03:47 Arnaud Bernier - re:"...des personnalités couillues dans un monde moins tordu..."
Axel-J
je reprends à mon tour votre citation de fredfred en ayant envie de dire que les "vrais couillus", dans le cyberespace sont peut être bien ceux qui se lancent sur leur blog et sans béquille, si je puis dire.
Toute plate forme ne semble devoir être qu'un moyen de les servir et non de se servir.
C'est une hypothèse tout autant optimiste, pour peu que l'on appréhende entièrement ces problématiques, où la place de l'individu est totalement redistribuée dans l'ordre social, lequel en est à peine au stade d'ébauche dans ce nouveau monde.
-
|08-02-2008 00:44:15 Clovis - anti contre qui ?Fric & business ne font pas bon ménage sur la toile.
Si l'intellectualisme contradictoire doit s'auto financer par des abonnements, tout restera et surtout la parole, à ceux qui ont la monnaie dans le fond des poches.
Plenel en veut à Sarko, voir l'Anti Sarko
http://www.antisarko.net/spip.php?article3123
pour s'en convaincre.
Alors, journal de revenchard ou "papier pour avancer dans l'opposition "?
Info ou intox !
Attention ....

